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Retraite : les apports de la science comportementale

  • Photo du rédacteur: Stéphane Dothée
    Stéphane Dothée
  • 11 sept. 2023
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 août 2024

Influencée par des biais cognitifs et émotionnels, l’attitude des Français face à cette étape cruciale de leur vie est rarement à la hauteur de l’enjeu (source : étude Cercle des épargnants-Ipsos). Des solutions existent pourtant.


Un article de Stéphane DOTHÉE, CEO d'Odonatech et Co-fondateur de l'IFFEC - Institut Français de Finance et d'Economie Comportementales - à retrouver dans le n° 881 de Revue Banque (juin 2023).


La science comportementale aide à préparer les retraites
La science comportementale aide à préparer les retraites


Le problème est avant tout comportemental et se caractérise par :


 Le manque de connaissance. De nombreux Français n’ont pas encore pris la mesure des choix qui s’offrent à eux pour leur retraite. Ils peuvent sous-estimer l’importance d’épargner régulièrement ou de diversifier leurs investissements ;


 La procrastination. C’est assez courant : beaucoup de personnes repoussent la mise en place d’un plan de retraite, convaincues qu’elles auront tout le temps nécessaire plus tard. Il est pourtant essentiel de commencer à épargner tôt pour bénéficier du levier des intérêts composés et de construire un patrimoine solide ;


– La prudence excessive. Les Français épargnent beaucoup (en mettant, en moyenne, 15 % de leur revenu disponible brut de côté) mais sont conservateurs et ont tendance à négliger les opportunités d’investissement à long terme.

À problème comportemental, solution comportementale. La science apporte des solutions à l’industrie financière, via la finance comportementale. Cette discipline, entre psychologie et économie, aide à comprendre comment les individus prennent des décisions financières et esquisse des solutions pour améliorer leurs comportements.


Quelques pistes pourraient tout changer. Tout d’abord, il importe d’augmenter la sensibilisation. En comprenant les biais cognitifs et émotionnels influençant les décisions des individus, on peut adapter les messages et campagnes d’information pour les rendre plus efficaces. On pourra mettre en place des stratégies d’accompagnement et des outils de gestion du risque adaptés.


Il s’agit ensuite d’appliquer les principes du nudging (incitation douce) pour encourager les comportements favorables à la préparation de la retraite. On peut par exemple augmenter le taux de participation des individus en simplifiant les processus d’adhésion à un régime de retraite complémentaire ou en mettant en place des systèmes d’opt-out plutôt que d’opt-in.


Il faudrait également personnaliser les conseils financiers. En effet, chaque individu a ses préférences, ses objectifs, ses contraintes spécifiques et ses motivations. Une approche globale est nécessaire. En utilisant des techniques de profiling comportemental, on peut fournir des conseils et solutions sur mesure.



Se projeter dans l’avenir


Les personnes doivent être aidées à se projeter dans l’avenir. Avez-vous par exemple déjà essayé de décrire votre « futur moi » ? Les études montrent que l’interaction avec ce « futur soi » virtuel amène à mieux imaginer l’avenir et à prendre des décisions financières éclairées pour le préparer, comme lors de l’expérience menée en 2014 par l’Université de Melbourne1.


Les scientifiques ont divisé les participants en deux groupes. Un premier groupe a interagi avec un logiciel qui modifiait leurs photos pour les faire apparaître âgés de 70 ans. Ils ont ainsi visualisé une version de leur « futur moi ». Les participants du deuxième groupe ont simplement interagi avec le logiciel, sans modification de leurs photos. Les participants du premier groupe, ceux qui ont vu une image de leur « futur moi », avaient tendance à épargner davantage que ceux du deuxième groupe. CQFD !


En combinant les aspects financiers et psychologiques de la prise de décision, la finance comportementale peut donc aider à mieux comprendre et accompagner les épargnants dans leur préparation de la retraite. Elle offre des outils et des stratégies pour surmonter les obstacles comportementaux et encourager des comportements financiers plus adaptés et plus efficaces. Elle permet aux conseillers d’aider leurs clients à mieux préparer leur avenir.

2 commentaires


ac ab
ac ab
28 nov. 2025

Stéphane, votre analyse sur l'influence des biais comportementaux, comme la procrastination et la prudence excessive, sur la préparation à la retraite est très pertinente. Il est vrai que l'attitude des Français est souvent en décalage avec l'enjeu, et que le problème est avant tout comportemental. Ces mécanismes sont profondément ancrés et rendent la prise de décisions financières rationnelles, surtout à long terme, particulièrement ardue, même pour ceux qui sont conscients des risques. Au-delà des biais cognitifs généraux, il est également fascinant d'explorer comment des traits de personnalité plus spécifiques peuvent influencer, parfois de manière inattendue, nos comportements face à l'épargne et l'investissement. Pour approfondir la compréhension de les nuances des profils psychologiques qui influencent nos choix, certaines ressources offrent des…

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Pierre Jordane
Pierre Jordane
30 juin 2025

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