Risque et patience: la relance est-elle vraiment pour demain?

Par Sima OHADI et Luc MEUNIER – Co-fondateurs ODONATECH

En situation de crise économique ou de catastrophe naturelle, la littérature scientifique montre que nous devenons en général plus frileux vis-à-vis du risque financier. Ce changement qui est en grande partie de nature psychologique impacte l’économie. Nous consommons moins pour constituer une épargne de précaution tandis que les marchés actions baissent du fait d’un report de l’épargne sur des produits sans risques.

Et en cas de pandémie mondiale ?

Nous avons pu observer durant la pandémie une augmentation de l’épargne « forcée » (évaluée à 100 milliards d’euros), et une baisse des marchés, ce qui semble aller dans le sens de mécanismes psychologiques similaires. C’est pourquoi nous avons, durant le confinement, mené une étude pour explorer les changements psychologiques d’attitude vis-à-vis du risque d’un échantillon de particuliers européens, et avons comparé leurs réponses à celles qu’ils nous avaient fournis en Mars 2019. Deux points essentiels ressortent des résultats préliminaires.

Chat échaudé craint l’eau froide

Les participants à notre étude deviennent en moyenne plus prudents vis-à-vis des risques financiers durant la pandémie. Ce sont en particulier ceux qui possèdent très peu de patrimoine, bien mobiliers ou immobiliers, qui sont le plus sensibles. Les biens physiques semblent rassurer, particulièrement en période d’incertitude et de crise. Ce sont donc finalement les personnes les moins bien établies qui deviennent les plus frileuses vis à vis du risque. Cette prudence n’est pas une bonne nouvelle : risque et rendement sont liés en finance. Moins de prise de risque, moins d’esprit d’entreprise, pourraient fragiliser encore plus cette catégorie de population.

Le désir d’une épargne de précaution

Les participants à notre étude deviennent également en moyenne plus « patients », c’est-à-dire qu’ils souhaitent reporter leur consommation pour épargner. C’est tout à fait en lien avec l’augmentation de l’épargne observée durant le confinement. Même si les méthodologies sont complètement différentes, c’est aussi ce qui ressort de l’étude INSEE parue le 26/08 qui tend à montrer que les ménages français continuent à reporter leurs achats importants et trouvent au contraire opportun d’épargner.

Si cette augmentation de l’épargne a parfois été qualifiée de « forcée », car attribuée à la difficulté voire à l’impossibilité de consommer certains biens ou services (tourisme notamment), les réponses de nos participants relativisent cette interprétation. En effet, dans notre échantillon, cette patience accrue est principalement visible pour la tranche d’âge la plus élevée. Nos données montrent que ce phénomène est plus fort chez les personnes qui ont eu peu recours au e-commerce pendant le confinement. Au final il semble bien que la peur des conséquences graves pour la santé pousse les personnes les plus âgées à différer leur consommation.

Il ressort donc de notre étude que ce sont les personnes les plus fragiles, que ce soit sur le plan financier ou au niveau de la santé, qui voient leur profil de prise de risques financiers le plus affecté par cette crise.

Cette augmentation de la prudence et de la patience se traduira par une baisse des créations d’entreprise, moins d’investissement en actifs risqués et, globalement, toujours moins de consommation et plus d’épargne sur l’année à venir.